C'est moi ou a un moment, en tant que parent, on finit tous à googler des histoires de plastique alimentaire à minuit trente?
Je crois qu’internet nous a collectivement fait perdre un peu la tête sur le sujet.
Entre les microplastiques, le BPA, les PFAS, les gourdes, les poêles, les boîtes à goûter, les biberons, les contenants chauffés, les contenants non chauffés, le bambou, le silicone, le verre, l’inox, le plastique numéro 5 qu’il faut aimer mais pas le numéro 7 sauf certains numéro 7… à un moment on ne sait plus trop si on doit avoir peur du plastique ou simplement de faire des pâtes.
Quand j’ai commencé à concevoir CoolaWand, évidemment la question des matériaux est arrivée très vite.
Est-ce qu’on pouvait faire ça autrement qu’en plastique ?
J’ai toujours adoré les beaux objets en bois pour enfants. Mais je crois que j’aime surtout l’idée du bois. Le côté nostalgique. Les jouets qu’on imagine dans une maison de campagne danoise avec un pull en laine beige et aucun feutre qui traîne par terre.
Parce qu’en réalité, un objet qui va dans la bouche d’un enfant, au congélateur, dans un plat brûlant puis au lave-vaisselle tous les jours… le bois, c'était pas très réaliste.
Le métal non plus d’ailleurs. Trop froid, trop conducteur, pas très “baguette magique”. J’ai toujours cette image de la langue collée au télésiège quand j’étais petite.
Alors je me suis plongée dans le sujet des bioplastiques, des matériaux alimentaires, des alternatives. J’ai parlé avec des spécialistes, notamment Laurent Massacrier, expert matériaux, qui m’a expliqué quelque chose de très simple : aujourd’hui, les bioplastiques progressent énormément… mais ils ne supportent pas encore tous les usages.
La CoolaWand passe du congélateur à des plats très chauds. Encore et encore. Ce sont des contraintes assez violentes pour un matériau.
Et il m’a dit en rigolant :
“Quand CoolaWand marchera très bien, tu pourras financer la recherche pour inventer une CoolaWand biodégradable.”
Effectivement il y a encore des progrès a faire et peu de financements.
À un moment, il faut aussi fabriquer des objets réels pour des usages réels.
Donc on a choisi le Tritan. Pas parce que c’était “parfait”, mais parce que pour cet usage précis, aujourd’hui, c’était simplement ce qui faisait le plus de sens.
Et soyons honnête , je ne vais pas prétendre avoir créé CoolaWand pour sauver la planète.
Je l’ai créée parce que j’en avais marre d’entendre mon fils me dire tous les soirs que son plat était trop chaud mais qu’il avait faim maintenant. J’avais beau souffler dessus moi-même, lui dire d’attendre “juste deux minutes”, couper les pâtes dans tous les sens… le petit stress du dîner était quand même là.
Et je me suis dit qu’au fond, si on pouvait retirer un peu de stress des repas, ce serait déjà pas mal.
C’était un problème de vie quotidienne. Un problème de parent. Avec au milieu de tout ça l’envie d’ajouter un peu de magie à la maison.
Oui, ça ajoute donc un objet en plastique dans le monde. Et non, je ne pense pas pour autant avoir introduit le mal absolu dans les cuisines françaises.
Mais cette aventure m’a quand même fait réaliser un truc assez étrange : dans ma tête aussi, “le plastique” était devenu une espèce de grande catégorie floue et un peu inquiétante.
Le sac jetable oublié dans la nature.
Les pailles en plastique.
La vieille boîte alimentaire chauffée au micro-ondes depuis quinze ans.
La gourde réutilisable.
Le Tupperware douteux au fond du placard.
Tout finissait un peu mélangé dans la même case mentale.
Alors que ce n’est évidemment pas le même usage. Ni les mêmes matériaux. Ni les mêmes contraintes.
Et je pense que beaucoup de parents ont vécu la même chose récemment avec l’interdiction des contenants plastiques dans les crèches en France. Une décision qui a du sens… mais qui a aussi créé une espèce d’angoisse diffuse autour du mot “plastique”.
Je me suis surprise moi-même à regarder certains objets de ma cuisine comme s’ils étaient soudainement devenus suspects.
Et puis en y réfléchissant, je me suis arrêtée sur… les tétines de Gaspard.
Cet objet que nos bébés ont littéralement vissé dans la bouche pendant des mois. Celui qui nous a sauvé des nuits entières, des trajets en voiture, des crises au supermarché et probablement parfois notre santé mentale.
La partie rigide de beaucoup de tétines ? Du polypropylène. Un plastique extrêmement courant.
Et pourtant, je n’y avais jamais pensé une seule seconde quand je les plongeais dans l’eau bouillante pour les stériliser à trois heures du matin.
Je crois surtout qu’on essaye tous de faire au mieux avec des informations parfois contradictoires, des matériaux complexes et une bonne dose de culpabilité moderne au milieu.
Personnellement, aujourd’hui, je préfère probablement un objet pensé pour durer longtemps qu’une alternative “naturelle” remplacée trois fois par an parce qu’elle a mal vieilli.
D’ailleurs mes assiettes enfants préférées sont en mélamine. Elles passent au lave-vaisselle depuis des années, tombent par terre quotidiennement et ont toujours l’air neuves.
Si demain quelqu’un me dit de les remplacer par des assiettes en bambou qui sentent l’éponge humide au bout de trois semaines… je vais probablement décliner poliment.
Bref, entre les injonctions écologiques, les reels anxiogènes et les débats sur les plastiques alimentaires, je pense qu’on mérite collectivement de respirer un peu.
Et peut-être aussi de manger nos pâtes n.3 chaudes avant qu’elles deviennent froides.
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